Opinion du député des Hautes Pyrénées Denis Fégné (PS), Président du groupe d’études Thermalisme à l’Assemblée nationale “Cures thermales : la science plutôt que les préjugés”
Chaque automne, le même scénario se répète. À l’approche de l’examen du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), des députés « Ensemble pour la République » ressortent une vieille rengaine en remettant sur la table le déremboursement des cures thermales.
Cette année, c’est le député Sylvain Maillard qui annonce vouloir déposer un amendement visant à supprimer leur prise en charge par l’Assurance maladie. Une position qui relève davantage du réflexe idéologique que d’une analyse sérieuse des données sanitaires,
économiques et territoriales.Pourtant, alors même que la Haute Autorité de Santé (HAS) conduit actuellement une évaluation approfondie du service médical rendu parles cures thermales, il serait pour le moins paradoxal de vouloir trancher ce débat avant que l’autorité scientifique indépendante chargée de l’éclairer n’ait rendu ses conclusions.
C’est pourquoi, dans une démarche transpartisane menée avec le sénateur Jean-Marc Boyer, nous demandons depuis plusieurs mois qu’un moratoire politique et législatif soit respecté pendant toute la durée de cette évaluation. Dans un État de droit fondé sur la science et l’expertise, les décisions publiques doivent s’appuyer sur des preuves et non sur des préjugés.
D’autant que ce débat a déjà eu lieu dans l’hémicycle… Lors du PLFSS pour 2026, un amendement de la députée Nicole Dubré-Chirat proposait déjà d’exclure les cures thermales du remboursement de l’Assurance maladie, à l’exception de quelques situations particulières. Cette proposition a été massivement rejetée par la représentation nationale : 167 députés ont voté contre, seulement 24 favorables. Un désaveu sans appel.
Depuis, les faits n’ont pas changé. Les cures thermales représentent à peine 0,1 % des dépenses de l’Assurance maladie, soit environ 250 millions d’euros par an pour près de 500 000 patients. Présenter le thermalisme comme un levier crédible de redressement des comptes sociaux relève donc d’une illusion budgétaire.
À l’inverse, les bénéfices observés sont nombreux. Lors de la Journée parlementaire du thermalisme organisée le 27 mai dernier à l’Assemblée nationale, plusieurs travaux scientifiques et médico-économiques sont venus rappeler que les cures thermales améliorent significativement la qualité de vie des patients atteints de pathologies chroniques, notamment en rhumatologie, réduisent la consommation médicamenteuse et limitent le recours à certains soins plus coûteux.
Une étude présentée par le cabinet Asterès a ainsi montré que, pour plusieurs pathologies majeures, les cures thermales affichent un rapport coût-efficacité favorable, comparable voire supérieur à celui de traitements conventionnels. Les gains de qualité de vie obtenus se situent largement dans les standards internationaux retenus pour évaluer la pertinence des dépenses de santé.
Contrairement à ce qui est régulièrement affirmé, la France ne constitue pas une exception isolée en Europe. Plusieurs pays européens, à l’instar de l’Allemagne, de l’Italie ou encore de la Pologne,reconnaissent et financent les cures thermales dans leur système de santé.
Les cures thermales jouent également un rôle majeur dans l’aménagement du territoire. Plus de 70 % des stations thermales sont implantées dans des communes de moins de 5 000 habitants, où elles contribuent au maintien de l’offre de soins, de l’emploi local et de l’activité économique.
Par respect pour les patients, les professionnels de santé, les territoires thermaux et les milliers d’emplois concernés, les cures thermales méritent mieux que d’être chaque automne la cible de caricatures sans fondement scientifique au gré des débats budgétaires.