Cinq ans après leur retour au pouvoir, les talibans ont méthodiquement réduit l’espace réservé aux femmes en Afghanistan. Ecole, travail, déplacements, accès à la justice : plus d’une centaine de décrets ont progressivement institutionnalisé leur exclusion.
Les rues sont plus sûres, mais pour beaucoup d’Afghanes, elles sont devenues presque impraticables. Cinq ans après la prise de Kaboul par les talibans, le 15 août 2021, l’Afghanistan offre ce paradoxe : la fin de décennies de guerre a réduit la violence armée et rendu une certaine stabilité au pays, tandis que la moitié de sa population a vu son horizon se rétrécir.
L’éducation constitue la manifestation la plus visible de cette politique. Plus de 2,6 millions de filles ont été privées d’enseignement secondaire depuis 2021, selon l’Unicef. Elles sont exclues de l’enseignement formel au-delà de la sixième année.
« Ce qui s’est produit depuis est sans équivalent dans le monde moderne », a résumé vendredi Susan Ferguson, représentante spéciale de l’agence ONU Femmes en Afghanistan, lors d’un point de presse des Nations Unies à New York. « Année après année, les autorités de facto ont systématiquement démantelé les droits des femmes et des filles ».
Et le verrouillage se poursuit. De nouveaux textes ont encore restreint, au cours de l’année écoulée, l’accès des Afghanes à la justice et remis en cause leur égalité juridique avec les hommes. Selon ONU Femmes, un mari n’est ainsi pénalement responsable de violences conjugales que si elles provoquent des blessures physiques graves et visibles. Son épouse doit en apporter la preuve devant un tribunal accompagnée de son tuteur masculin – qui peut être celui-là même qui lui a infligé ces violences.
Un autre décret maintient le droit des hommes à divorcer, tandis qu’une femme doit obtenir l’autorisation de son mari ou engager une longue procédure judiciaire. Le texte autorise implicitement le mariage des enfants, selon ONU Femmes. Dans les rues, des milliers d’agents disposent désormais de larges pouvoirs de surveillance et de détention pour faire respecter ces règles.
La disparition des femmes des salles de classe menace désormais d’en provoquer une autre, dans les hôpitaux. L’Unicef estime que l’Afghanistan pourrait perdre jusqu’à 20 000 enseignantes et 5 400 professionnelles de santé d’ici à 2030. Le nombre d’enseignantes dans l’éducation de base a déjà chuté de plus de 9 % entre 2022 et 2024.