Le journaliste et animateur des Grosses têtes à la radio ou du petit théâtre sur France2, Philippe Bouvard est mort à l’âge de 96 ans. Découvreur de talents, animateur apprécié des Français, chroniqueurs acerbe, Bouvard a reçu de nombreux hommages. Le président de la République Emmanuel Macron a écrit :
Les médias français sont en deuil. L’un de leurs plus fertiles chroniqueurs, le journaliste Philippe Bouvard, s’est éteint après avoir animé nos pages, nos ondes et nos écrans durant plus de soixante-dix ans.
Sa culture, sa plume au vitriol, son œil affûté, n’étaient le fruit d’aucune école – presque toutes l’avaient renvoyé, pour désinvolture ou insubordination. Ses seules leçons furent celles de la vie, avec leurs ombres et leurs lumières : l’angoisse de l’enfant juif qui passa l’Occupation à se cacher avec sa mère, les trois échecs au baccalauréat, les années à vendre des chemises, des lunettes ou des encyclopédies, mais aussi les succès et les boulevards que sa hardiesse finit par lui ouvrir.
Il possédait une énergie chevillée au corps et un ethos inné de gazetier qui lui firent gravir toutes les marches. À 23 ans, il s’immisça au Figaro comme garçon de courses, accapara une ligne, puis deux, décrocha sa carte de presse, avant de se faire attribuer la rubrique parisienne et mondaine. Vingt ans après ses débuts de commis, ses chroniques, ses billets et ses blocs-notes étaient partout à la fois, dans les pages de Paris Match, du Point, du Figaro, de Nice-Matin et de France-Soir.
Observateur inlassable des travers humains, à commencer par les siens, il devint l’un des pères fondateurs du journalisme people, et le grand confesseur cathodique des célébrités. À l’étage du restaurant Maxim’s, boiseries feutrées et questions incisives, il interviewait chaque samedi soir en direct les personnalités en vue du moment, des sportifs aux politiques, et se permettait tout. Le poulbot de Montmartre se révéla un arbitre des élégances et des ridicules du Tout-Paris, qui se spécialisa dans le bon mot, le proverbe mondain, le concentré d’esprit, la pique assassine dont on redoutait le dard.
Son ironie voltairienne brillait aussi bien à l’oral qu’à l’écrit, au micro qu’à la caméra. Pour RTL, il s’essaya aux journaux d’actualité. Car c’était cet humour pince-sans-rire qui séduisait chez lui les spectateurs, ses grivoiseries élégantes, son cynisme optimiste, son art consommé d’élever le rire en catharsis. Lorsqu’il était maître du jeu, les émissions dites de divertissement prenaient une envergure nouvelle, abolissaient les cloisons entre comique et culture, en brassant l’art et l’actualité critique.
Il fut l’inoubliable animateur des joutes verbales des « Grosses Têtes » sur RTL tandis que son émission « Le Théâtre de Bouvard » révéla une vingtaine de comiques, des Inconnus à Mimie Mathy en passant par Muriel Robin. Il rendit ainsi la société doublement plus drôle, par son talent propre, et par ceux qu’il fit germer autour de lui.
Dans une boulimie d’écriture, ce cumulard qui se vantait d’avoir trouvé son équilibre dans le surmenage écrivit une pièce de théâtre, des dialogues de films et plus de quarante ouvrages humoristiques. L’un des derniers, qu’il voulait un témoignage posthume écrit de son vivant, s’intitulait Je suis mort, et alors ?. Alors la France vient de perdre un chroniqueur qui fut le sel et le poivre de l’écume de ses jours.
Le Président de la République et son épouse saluent la mémoire d’un rhéteur et bretteur du verbe qui incarnait une forme de liberté de ton à la française. Ils adressent à ses proches, au monde de la presse, à l’ensemble des sociétaires et des auditeurs des Grosses Têtes, leurs condoléances émues.